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Rêver ensemble pour créer un pavillon commun

Lundi 15.02.2021

L’association Pré en bulle a encouragé les habitant·e·s d’un quartier genevois à projeter, partager et discuter pour concevoir un espace durable, qui leur ressemble. Défi relevé : la Buissonnière vient d’ouvrir ses portes.

 Par Virginie Pisteur, animatrice socio-culturelle, Pré en bulle, Genève

« Et si la Buissonnière était un personnage ? » « Totoro », écrit sur son post-it un enfant de 10 ans présent au premier atelier architectural participatif. « On pourrait aussi le poser sur des pilotis, ce pavillon », propose Matthias, de l'Association des Artichauts. Toutes ces idées, ces propositions, ces échanges et ces rêves sont à la base de la Buissonnière, un lieu d'accueil dédié aux habitant·e·s d’un quartier genevois, et plus particulièrement aux enfants. Axé autour d'activités nature, il a ouvert ses portes au début de janvier 2021, dans le Parc Beaulieu à Genève.

Buissoniere 3© Greg Clément

Retour en 1996. Sous l’impulsion d’habitant·e·s, la Maison de quartier Pré en bulle est créée afin de tisser des liens entre les secteurs Grottes, Cropettes et Montbrillant. L’association propose diverses animations destinées à l'ensemble de la population. Mais contrairement à d’autres maisons de quartier, elle ne dispose pas de locaux d’accueil. Elle investit de façon originale l’espace public et va là où les gens se trouvent, favorise la création d'une dynamique correspondant à l'image d'un quartier familial et convivial, où la rue est synonyme de rencontres.

Les années passent. Le besoin de disposer d’un endroit qui ferait corps et sens pour le quartier, un point de repère autre qu'un simple bureau se ressent. Pré en bulle, forte de son expérience et de sa participation à un réseau associatif et institutionnel important, soumet alors à plusieurs reprises des projets d'encadrements d’enfants afin d'obtenir un lieu d'accueil, mais sans succès.

Imaginer un nouveau projet

L’association ne se décourage pas. En 2012, elle présente une nouvelle proposition, qui met cette fois en lien la jeunesse du quartier et les activités nature au Parc Beaulieu. Un collectif d’associations, le Collectif Beaulieu, y développe un projet de réflexion et de pratiques autour de la souveraineté alimentaire et de l'agriculture urbaine. Cet espace partagé constituerait un terreau fertile à la réalisation d'un accueil voué à la pédagogie par la nature. Cette forme d’apprentissage par l’expérimentation favorise chez les enfants « la connaissance et la compréhension de la nature, leur bien-être dans la nature, leur conscience d'elle, leur responsabilité vis-à-vis d'elle » (Wauquiez, 2008). Inclure les futures générations dans cette dynamique participative ne peut donc que les encourager à développer leur savoir-être et leur savoir-faire. Cette démarche favorise le développement de citoyennes et citoyens ouvert·e·s au monde et sensibilisé·e·s à l'environnement.

Après un premier refus, le Conseil municipal accepte finalement le projet en 2017 et autorise Pré en bulle à aller de l’avant avec une construction éphémère dans le parc genevois. La Ville met à disposition du temps de travail, ainsi qu'un budget de fonctionnement assurant le bon déroulement des activités. De son côté, l’association s'engage à trouver des financements pour le coût de la construction auprès d’institutions privées.

Initier une démarche participative

Après cette phase décisive, Pré en bulle mandate deux architectes de Chantier Ouvert pour concevoir et construire le pavillon. Cette association, fondée à Genève en 2015, exerce une architecture durable, écologique et responsable. Elle prend en compte et valorise les enjeux de la transition écologique. Elle a pour objectif de donner à l'architecture sa dimension collective, sociale et humaine, pour que l’édifice soit le résultat de désirs communs. La participation citoyenne étant au cœur même de l'animation socioculturelle, une collaboration avec Chantier Ouvert a été une évidence.

C'est lors de quatre ateliers participatifs, menés par Chantier Ouvert, que les différents partenaires du projet s'expriment, réfléchissent et imaginent le pavillon de leur rêve, celui qu'elles et ils vont utiliser, celui qui sera construit pour le quartier. Portée collectivement, la réflexion sur la Buissonnière donne lieu à de nombreuses discussions, points de vue et quelques désaccords.

Buissoniere 4© Greg Clément

Les deux architectes, à travers une approche sensible, saisissent les envies et idées collectives pour les retranscrire dans leur suggestion. Elles s’attachent à respecter les volontés communes de départ en imaginant un pavillon d'accueil respectueux de la nature, écologique, impactant le moins possible le sol. L’ouvrage fait corps avec l'environnement, les saisons qui passent, la météo. Elles dessinent un nouvel espace de rencontres dans le quartier accessible en permanence. Lors de la restitution, leur proposition fait l’unanimité.

Au début de l'année 2020, les travaux commencent avec l'énergie des jeunes et des maîtres socioprofessionnels des Ateliers ABX, charpente et construction métallique. Cette entreprise sociale fait partie de la Fondation Astural et propose dix-neuf places de travail à des jeunes âgés de 15 à 18 ans, en rupture de formation ou sociale. Formation, apprentissage, histoire de vie, rencontres : tout s'entremêle pour insuffler une dynamique particulière à ce chantier. Des jeunes engagés pour un projet collectif au sein de l'espace public ? Les passant·e·s s'arrêtent, questionnent, interrogent et valorisent leur travail.

Buissoniere 2© Greg Clément

Encourager l’accès au chantier

L'association Chantier Ouvert incite à reconsidérer le temps et l’espace de la construction au-delà des normes actuelles. Le futur espace de la Buissonnière prend ainsi le « chantier interdit au public ! » à contre-sens. En s’ouvrant à la société tout au long du processus, l’édification de cet ouvrage devient un acte de création collective, fait d’échanges, d’évènements et de visites.

A cinq reprises, les familles du quartier sont invitées à partager un repas et un atelier en lien avec les travaux, afin qu’elles se sentent intégrées à cette aventure. La première rencontre consiste à la préparation du chantier. Les habitant·e·s sont encouragé·e·s à égayer des barrières délimitant l’espace de construction, à l’aide de peintures et de tressage de tissus. Malheureusement, la situation sanitaire de l’année 2020 et l’impossibilité d’organiser des moments conviviaux ont contraint Chantier Ouvert et Pré en bulle à annuler les autres événements.

Malgré les restrictions, la construction a tout de même été visitée à plusieurs reprises par différents publics, comme des étudiant·e·s ou des habitant·e·s. Les enfants du quartier ont aussi participé à leur façon : ils ont réalisé et offert aux charpentiers le « sapin » [1], transformé à l’occasion en un bouquet confectionné en matériaux recyclés. Ils ont aussi eu l'occasion de crayonner sur les tavillons un dessin ou un message pour la Buissonnière. Ces tuiles en bois faites à la main ont ensuite été clouées sur le toit de la structure.

Buissoniere 5© Greg Clément

Pré en bulle est restée présente dans le parc tous les mercredis jusqu’à la fin des travaux. La situation sanitaire a rendu l'occupation de l'espace public plus que nécessaire. Aller à la rencontre des habitant·e·s, des futurs utilisateurs·trices de la Buissonnière, connaître leurs besoins, leurs envies, proposer des ateliers en attendant que l’édifice soit prêt... Toutes ces interactions ont contribué à faire vivre le processus participatif. Les enfants présents durant ces journées avaient créé une boîte en bois, où chacun pouvait glisser un mot, un contact, une idée... Sur l’un des papiers était écrit : « Ben moi, à la Buissonnière, j'aimerais qu'il y ait au milieu, un jacuzzi. » Et pourquoi pas ? A la Buissonnière, tous les rêves sont permis.

Bibliographie

Wauquiez, S. (2008), Les enfants des bois : pourquoi et comment sortir en nature avec de jeunes enfants. Paris : Books on Demand.

[1] Cette vieille tradition veut que l'on accroche un sapin à la charpente, lorsque celle-ci est achevée.

Cet article appartient au dossier Chaudron de culture

Comment citer cet article ?

Virginie Pisteur, «Rêver ensemble pour créer un pavillon commun», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 15 février 2021, https://www.reiso.org/document/7007

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