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Cette fin de semaine à Lausanne, la première édition du festival de films «Santé Mentale et Prison» ouvre la réflexion pour mieux comprendre le lien entre infractions et santé mentale. Trois questions à Madeleine Pont.
Madeleine Pont © MP(REISO) Madeleine Pont, vous êtes responsable d’Action Maladie Psychique et Prison. Quels constats vous ont conduite à proposer pour la première fois un festival de films liant santé mentale et prison à Lausanne ?
(Madeleine Pont) Après 40 ans d’accompagnement de patient·es détenu·es et de leurs proches, le Graap et son actuelle Action Maladie Psychique et Prison (AMPP) a souhaité, par ce festival de film Santé Mentale et Prison, déconstruire les stéréotypes, préjugés et discriminations associés aux troubles mentaux. Ces discriminations sont flagrantes envers les patient·es détenu·es en prison à des fins thérapeutiques. La prison, en tant que lieu de soins, est inefficace et contrevient aux droits humains. La Suisse a d’ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour cette pratique. Le festival vise à sensibiliser l’opinion publique, qui considère souvent que « s’il est en prison, c’est qu’il y a une bonne raison » et que la détention est méritée. Cet événement vise à mieux faire comprendre le lien entre les infractions et la maladie mentale. Partant de là, l’AMPP veut informer sur la nécessité de soigner, avant de punir. L’absence d’établissements de soins en milieu fermé et la durée sans indication de fin des mesures thérapeutiques exécutée en prison témoignent de l’échec de ce système, qui péjorent encore plus la santé et la capacité de résilience des détenu·es atteint·es de troubles mentaux.
À votre avis, quelles sont les attentes du public, et plus particulièrement des professionnel·les du travail social et de la santé, qui assistera aux projections, débats et conférences ?
Avec la projection de ces neuf films, le festival cherche à piquer la curiosité des participant·es. Cet événement offre une occasion unique de s’immerger dans la destinée de personnes souvent éloignées de sa réalité. Pour les professionnel·les de la santé, du social, de la justice, du pénal, ainsi que pour les proches, c’est une chance de pouvoir s’informer, d’élargir son horizon avec d’autres perspectives. C’est aussi une opportunité de partager les expériences et réflexions d’autres personnes confrontées au quotidien à ces questions. Enfin, cela constitue aussi une occasion exceptionnelle d’assister à des plateformes de discussions offrant une pluralité de regards : trente-huit personnalités romandes diversement impliquées s’exprimeront dans le cadre des quatre débats et quatre dialogues croisés avec le public.
Le festival va présenter neuf films au public. S’il fallait n’en voir qu’un, lequel serait-il ?
Si je ne pouvais voir qu’un seul film et que mon intention était de mieux comprendre ce thème santé mentale et prison, alors je choisirais Peter K., seul contre l’État. Ce documentaire illustre la lutte, l’appel désespéré d’un patient bien de chez nous, complètement isolé. Le débat qui suit, « Ensemble, c’est plus sûr ! », évoque l’indispensable collaboration avec l’État pour se rétablir et se réinsérer et la discussion vise à mieux cerner la réponse institutionnelle aux besoins de cette minorité de patients atteinte de graves troubles mentaux.
La réhabilitation sécrète des effets salvateurs et des bénéfices pour tous les acteurs, y compris pour la société
En revanche, pour mieux connaître les projets émergents, les films sur la justice restauratrice, Je ne te voyais pas et Je verrais toujours votre visage, s’imposent avec un débat sur son développement en Suisse. Pour explorer des initiatives novatrices, Ariaferma, Gorgona, et Sur l’Adamant offrent des perspectives internationales et captivantes, associées à des dialogues croisés avec le public. Pour une immersion locale, Bloc Central dévoile le quotidien des détenus et des agents de détention de la prison lausannoise du Bois-Mermet, alors que Proches de détenus, une autre peine éclaire la vie des proches. Finalement, Un Triomphe conclut le festival par un message d’espoir, pour qui verra dans cette histoire l’exemple d’une réhabilitation au sens propre. Celle qui sécrète des effets salvateurs et des bénéfices pour tous les acteurs, y compris pour la société.
(Propos recueillis par Céline Rochat)
En savoir plus sur le Festival Santé Mentale et Prison, du 4 au 7 avril à Lausanne.