La force du réseau au service de l’apprentissage

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Dans le projet Réseaux d’entreprises formatrices, un organisme socioprofessionnel s’insère entre les jeunes en difficulté et les employeurs pour les soutenir afin d’aboutir à la réussite de la formation professionnelle initiale.
Par Frederic António, chef de projets, Direction de l’insertion et des solidarités (DIRIS), Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), État de Vaud
Cet article est le cinquième et dernier du dossier Journée d’automne 2024 de l’Artias. Explorant la thématique de l’insertion sociale et professionnelle, ce dossier réalisé en collaboration entre REISO et l’Artias compile les articles et interviews de la majorité des oratrices et orateurs ayant contribué à cette rencontre des acteurs et actrices de l’action sociale en Suisse latine, déroulée le 28 novembre 2024 à Lausanne.
Créer de nouvelles places de formation professionnelle initiale destinées à des jeunes qui rencontrent des difficultés scolaires, sociales ou linguistiques et qui ne trouvent pas d’apprentissage dans le canton de Vaud : depuis 2019, c’est l’objectif auquel s’attelle le projet Réseaux d’entreprises formatrices (REF). Ces places d’apprentissage peuvent être créées dans de nouvelles entreprises formatrices ou au sein d’entreprises déjà formatrices, mais qui souhaitent former dans un nouveau métier.
Le projet REF apporte un soutien administratif à de petites ou moyennes entreprises intéressées par l’accueil d’apprenti·es, tout en assurant un accompagnement social des jeunes par un organisme socioprofessionnel. Ce soutien est basé sur le modèle FORJAD [1], un programme en vigueur depuis 2006 dans le canton de Vaud. En créant de nouvelles opportunités d’insertion professionnelle tout en soutenant de nouvelles entreprises formatrices, le projet REF s’inscrit donc comme un apport supplémentaire au système de la formation professionnelle initiale vaudois. Il compte aujourd’hui une cinquantaine de places d’apprentissage proposées simultanément.
Suivi assumé par un organisme socioprofessionnel
Le projet REF met en relation plusieurs parties : l’apprenti·e, l’organisme socioprofessionnel en charge du suivi et l’entreprise formatrice. L’organisme socioprofessionnel apporte un soutien au jeune selon quatre axes : personnel, scolaire, professionnel et administratif. Ce coaching assumé par des structures spécialisées dans l’accompagnement de personnes en difficulté vise la réussite de l’apprentissage et contribue à fluidifier la collaboration avec l’entreprise en agissant comme référence également pour elle. Le ou la jeune reste au centre de cette approche individualisée, qui ambitionne également de mettre en place un processus progressif d’autonomisation.
L’organisme socioprofessionnel, qui porte dans la majorité des cas le contrat de formation, s’inscrit également comme un soutien pour la nouvelle entreprise formatrice. Initialement, il aide l’entreprise à créer la place d’apprentissage, puis, tout au long du parcours, l’appuie dans les tâches administratives liées à la formation de l’apprenti·e.
L’une des forces du réseau se trouve dans la possibilité de mettre en relation plusieurs entreprises qui ne pourraient pas assurer seules l’entier du plan de formation. Le ou la jeune est ainsi en mesure d’effectuer sa formation professionnelle dans différentes entreprises sous un seul contrat, découvrant ainsi des activités variées tout en bénéficiant toujours du soutien du même organisme prestataire.
Ce dernier reste une référence pour l’apprenti·e tout au long de sa formation, du processus de recrutement jusqu’à la délivrance de la certification. Ce soutien sociopédagogique est important pour les jeunes ayant auparavant connu des parcours difficiles. En parallèle, la relation avec les entreprises, notamment les formatrices et formateurs, facilite les collaborations.
Pour les apprenti·es, les plus-values de ce modèle sont multiples. Tout d’abord, il permet à des jeunes en difficulté d’insertion d’apprendre un métier au sein d’une entreprise de l’économie réelle, tout en bénéficiant d’un suivi social. De plus, il favorise le développement de leur polyvalence et de leur adaptabilité, notamment lorsque l’apprenti·e travaille successivement pour différents employeurs. Cette mise en situation soutient le développement de compétences variées, qui peuvent être valorisées lors de la recherche du premier emploi. Enfin, en cas d’inquiétudes liées à la réussite de sa formation, l’apprenti·e pourra compter sur le soutien des spécialistes de l’organisme socioprofessionnel pour l’aider et le guider vers des solutions. Dans le cadre de la coordination du projet, la Direction de l’insertion et des solidarités (DIRIS) reste également à disposition en cas de situations spécifiques problématiques, afin de permettre à la jeune ou au jeune de maintenir sa formation via d’autres types de places d’apprentissage qui existent auprès des organismes prestataires.
Toujours selon le modèle FORJAD, l’entrée dans le marché de l’emploi, après la réussite de l’apprentissage, est également préparée. L’objectif est que l’apprenti·e accède le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions à son premier emploi. Les organismes socioprofessionnels disposent en effet de réseaux d’entreprises et de contacts qui favorisent cette transition.
Le projet REF repose donc sur trois piliers — l’entreprise, l’organisme socioprofessionnel et l’apprenti·e — qui poursuivent le même objectif : la réussite de la formation professionnelle du ou de la jeune concerné·e.
Places d’apprentissage spécifiquement construites
Le projet REF a été pérennisé à la suite des résultats positifs enregistrés à l’issue de la phase pilote [2], déroulée de 2019 à 2023 et menée en collaboration avec Insertion Vaud, l’association faîtière des organismes prestataires.
À la fin de la phase pilote, en 2023, le comité de pilotage du projet a relevé plusieurs éléments positifs, justifiant la poursuite du projet et la consolidation d’un nombre de places simultanées à disposition : le projet incite des entreprises à former ou à proposer des places d’apprentissage supplémentaires ; les places créées sont construites de manière individualisée pour un·e jeune en difficulté ; le projet donne la possibilité, chaque année, de créer de nouvelles places de formation professionnelle initiale. Le projet REF entre ainsi dans le cadre des objectifs d’insertion de la DIRIS en ce qui concerne les populations vulnérables.
Depuis le démarrage du projet en 2019, 165 [3] contrats d’apprentissage ont été signés dans le cadre du projet REF, auprès de 136 entreprises partenaires. Le taux de réussite (somme du nombre d’apprenti·es ayant obtenu une certification et du nombre des jeunes en cours d’apprentissage divisé par l’ensemble des participant·es au projet) s’élève à 70%. À plus long terme, l’objectif est que les entreprises bénéficient de l’expérience REF pour que des places d’apprentissage y soient pérennisées.
[1] Le programme FORJAD contribue à préparer des jeunes adultes en difficulté à l’entrée en apprentissage, les suit individuellement au cours de leur formation professionnelle puis les soutient pour le placement en emploi.
[2] Au cours de la phase pilote, la DIRIS a notamment compté sur le soutien financier du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation et sur la collaboration de la Direction générale de l’enseignement postobligatoire.
[3] Les organismes socio-professionnels partenaires de la DIRIS sont les grands artisans de ce succès en termes de créations de places d’apprentissage, en collaboration avec les entreprises.
Lire également :
- Mathilde Appia, «De la pression d’entrer dans le monde du travail», REISO, Revue d'information sociale, publié le 24 octobre 2024
- Antoine Sansonnens, ««Thérapiser» l’employabilité des jeunes», REISO, Revue d'information sociale, publié le 12 juin 2023
- Nicole Torsi et Nicolas Pons-Vignon, «Embauché·e·s, mais pas inséré·e·s», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 23 mai 2022
- Alexandra Felder, Isabelle Caprani et Kerstin Duemmler, «De l’intérêt d’accompagner les apprenti·e·s», REISO, Revue d'information sociale, mis en ligne le 28 avril 2022
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Frederic António, «La force du réseau au service de l’apprentissage», REISO, Revue d'information sociale, publié le 27 mars 2025, https://www.reiso.org/document/13924